
Par le Bureau d’Etudes Zalis Paris
L’année 2025 s’est inscrite dans la continuité des tensions politiques, économiques et sociales observées en 2024.
Les évolutions récentes demeurent limitées, en grande partie en raison de l’impasse institutionnelle persistante et de discussions gouvernementales peu productives.
Dans un contexte international marqué par de profondes transformations, l’année 2025 soulève des interrogations quant à sa nature : constitue-t-elle une étape transitoire ou annonce-t-elle une période de vulnérabilité macroéconomique accrue ?
Dans cette perspective, les orientations de politique économique à venir revêtent une importance déterminante, à la fois pour stabiliser la conjoncture à court terme et pour créer les conditions d’un redressement durable en 2026.
Politique et économie
Un environnement politique et sectoriel sous tension
Une situation de blocage politique en France
Répartition des 577 députés par appartenance aux groupes politiques composant l’Assemblée nationale au 13 octobre 2025
Source : « Le visage de la nouvelle Assemblée nationale », 13 octobre 2025, TOUTE L’EUROPE
Lecture : Un point correspond à un siège de l’Assemblée nationale.
L’Assemblée nationale reste fragmentée, sans majorité absolue. Le climat politique demeure instable depuis la dissolution de 2024. Dans ce contexte, le gouvernement de Sébastien Lecornu cherche à faire adopter rapidement un budget pour ramener le déficit public sous les 5 % du PIB. Cette démarche se heurte toutefois à des tensions politiques persistantes et à une coopération parlementaire limitée.
L’agriculture française confrontée à des difficultés structurelles

L’année 2025 s’achève dans un climat de tensions accrues autour de la ratification de l’accord avec le Mercosur. Toutefois, les difficultés rencontrées par le secteur agricole en France dépassent largement le seul cadre de cet accord et relèvent de problématiques bien plus profondes et structurelles.
En France, l’agriculture fait face à une désaffection croissante. Cette situation se traduit par une rupture générationnelle marquée : une part croissante des enfants d’agriculteurs renonce à reprendre l’exploitation familiale, compte tenu de la charge de travail élevée et des perspectives jugées peu attractives.
Depuis le début des années 1980, la part de l’agriculture dans l’emploi total a fortement reculé, passant de 9,1 % en 1980 à seulement 2,7 % en 2022.
L’inquiétant record des défaillances d’entreprises
Une hausse continue des défaillances entre 2024 et 2025…
Nombre de défaillances d’entreprises en France
(Moyenne des données sur douze mois glissants entre 2010 et 2025)
Source : « Evolution du nombre de défaillances d’entreprises en France sur 15 ans -Septembre 2010 à Septembre 2025 »,14 octobre 2025, ALTAREZ
Lecture : En décembre 2024, 67 977 entreprises ont fait faillite en France.
Depuis début 2024, trimestre après trimestre, le terme « record » accompagne chaque bilan sur les défaillances.
En 2025, 79 entreprises de plus de 200 salariés sont entrées en défaillance, contre 60 en 2024. Dans l’ensemble, le nombre de défaillances a progressé de 5,4 % entre 2024 et 2025.
…marquée par une forte poussée dans l’Ouest de la France
Evolution 2025/2024 du nom de procédures collectives, en %
Source : « Une forte poussée des défaillances dans l’Ouest » », 20 janvier 2025, LES ECHOS
Lecture : Les Pays de la Loire et la Nouvelle-Aquitaine, qui affichent respectivement une hausse de 21 % et de 10 % de défaillances, sont les plus touchés.
« Pour la troisième année consécutive, on est très au-dessus des chiffres standards d’avant-Covid, qui tournaient autour de 55.000 »analyse Florence Tulier-Polge, nommée début janvier présidente du Conseil national des administrateurs et des mandataires judiciaires.
La BCE chargée de concilier stabilité des prix et dynamisme économique
Le maintien d’une politique monétaire restrictive
Taux d’inflation en France et taux de facilité de dépôt de la BCE entre 2017 et 2025 (en %)
Source : graphique réalisé par le bureau d’études de ZALIS. Sources des données :
- Taux de facilité de dépôt : « ECB deposit facility rate for euro area , Daily », 14 janvier 2026, FRED
- Inflation : « Anticipations d’inflation -2025-Q4 », 18 décembre 2025, BANQUE DE FRANCE
Lecture : En janvier 2025, le taux d’inflation en France était de 2 %, celui de dépôt de facilité de la BCE s’élevait à 3%.
Depuis début 2024, la zone euro évolue dans un contexte de politique monétaire restrictive, le taux de la facilité de dépôt de la BCE se maintenant durablement au‑dessus du taux d’inflation en France. En juin 2025, la BCE confirme son objectif d’inflation de 2 % et décide de maintenir ses taux directeurs à 2 %.
De nombreux économistes considèrent que les anticipations d’inflation jouent un rôle plus déterminant que l’inflation réel. Dans ce cadre, la Banque centrale européenne est donc souvent perçue comme réagissant avec un décalage temporel. Dans ce contexte, la réponse privilégiée demeure le maintien du statu quo.
Une normalisation progressive de l’inflation en zone euro
Inflation totale et ses composantes principales en zone euro (2020-2025)
Source :« Inflation totale et ses composantes principales », 4 juin 2025, BANQUE DE FRANCE
Lecture : Selon Eurostat, l’inflation totale de la zone euro mesurée par l’indice des prix à la consommation harmonisé (l’IPCH) s’est inscrite en baisse, à 1,9 % en mai après 2,2 % en avril.
La fin 2025 marque une normalisation progressive de l’inflation, avec un retour proche de la cible de 2 % En mai, l’inflation sous-jacente liée aux services de voyage a reculé après une hausse observée en avril, tandis que l’augmentation des prix des produits alimentaires s’est intensifiée, atteignant 3,3 % en mai, contre 3,0 % en avril 2025.
Emploi et société
Une fracture générationnelle persistante face au chômage
Une dégradation marquée de l’emploi des jeunes diplômés
Evolution du taux de chômage selon l’âge (%)
Source : « Depuis 40 ans, le taux de chômage des jeunes demeure à un niveau élevé » 26 septembre 2025, OBSERVATION SOCIETE
Lecture : Le taux de chômage en France varie fortement selon les tranches d’âge.
Au début de l’année 2025, le chômage reste stable à 7,4 %, un niveau qui demeure toutefois relativement élevé. L’insertion des jeunes diplômés se dégrade, avec un taux d’emploi passé d’environ 86 % en 2023 à un peu plus de 80 % en 2024.
Aux États-Unis, les préoccupations de la Réserve Fédérale ne se limitent pas à l’évolution des prix, mais intègrent également la dynamique du marché du travail. Lorsque le chômage approche de son niveau plancher, les tensions sur le marché du travail renchérissent les recrutements et nourrissent l’inflation.
Les jeunes diplômés, premières victimes de l’IA
Evolution des effectifs par tranche d’âge Développeurs logiciels (normalisé)
Note : Base 100 = niveau d’emploi fin 2022 (arrivée massive de l’IA générative)
Source : « Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence », 26 Août 2025, STANFORD DIGITAL ECONOMY LAB
Lecture : Les jeunes actifs (22–25 ans) dans les métiers les plus exposés à l’IA ont vu leur taux d’emploi baisser de plus de 20 % depuis 2022.
Depuis l’essor de l’IA générative, une fracture générationnelle nette apparaît sur le marché du travail : l’emploi des jeunes diplômés recule fortement tandis que celui des profils expérimentés progresse.
Chez les 22–25 ans, l’emploi a baissé de 6 à 10 % dans les métiers très exposés à l’IA, jusqu’à près de 20 % pour les développeurs débutants, alors que l’emploi des développeurs expérimentés augmente de 5 à 12 %.
La génération 2026, première « génération ChatGPT » diplômée, entrera sur un marché du travail plus compétitif, en concurrence directe avec des machines IA capables d’exécuter des tâches de niveau junior.
Le retard de l’Europe sur les États-Unis
Productivité du travail au sein de l’Union européenne entre 1890 et 2024 en % du niveau des États-Unis
Source : « Productivité : comment l’écart s’est creusé entre l’Europe et les Etats-Unis », 25 octobre 2024, Les Échos.
Lecture : En 1890, la productivité du travail dans l’Union européenne représentait 68 % du niveau de celle des États-Unis.
Depuis 2000, l’Europe accuse un écart de revenu par habitant d’environ 25 % par rapport aux États-Unis, avec un retard de productivité marqué dans l’industrie et la technologie, notamment l’IA (3 grands modèles/an contre 40 aux États-Unis et 15 en Chine).
Pourtant, certains pays européens maintiennent une croissance proche des États-Unis, et l’UE conserve des atouts comme une épargne abondante, une recherche de pointe et un capital humain qualifié, soulignant la nécessité de repenser sa stratégie numérique et environnementale pour améliorer sa productivité et sa compétitivité.
L’écart de productivité observé s’explique presque exclusivement par la croissance plus dynamique du secteur technologique, plutôt que par une supériorité généralisée de l’économie américaine.
Une détente progressive des prix de l’électricité
Source : « Evolution du prix du kWh de l’électricité au Tarif Réglementé », 8 janvier 2026, EPEX
Lecture : Entre juillet 2024 et septembre 2025, le prix du kWh a diminué d’environ 20 %.
Après plusieurs années de hausses soutenues, le prix du kWh en France amorce une baisse en 2025, succédant à un pic observé en 2024.
La prochaine révision des tarifs réglementés de vente d’électricité (TRVE) interviendra en février 2026, selon la Délibération de la CRE du 9 octobre 2025. Cette date correspond au premier mouvement tarifaire suivant la fin du dispositif ARENH, prévue au 31 décembre 2025.
Elle sera accompagnée d’une nouvelle méthode de calcul des tarifs pour les particuliers, dite « d’empilement par option cible ». Cette approche repose sur un profil de consommation moyen national établi à partir des données d’Enedis et vise à mieux refléter les coûts réels de production, d’approvisionnement et d’acheminement de l’électricité.
Marchés financiers
Marchés européens stables malgré les secousses commerciales et géopolitiques
Source : « CAC 40 », 14 janvier 2026, Google Finance
Lecture : Le 7 avril 2027, Le CAC 40 a chuté de 6,69%, tandis que le NASDAQ a chuté de 16,03%.
En 2025, les marchés financiers ont globalement progressé (CAC 40 ≈ +10 % autour de 8 100 points et STOXX 500 ≈ +24 %), mais ont connu une forte volatilité liée aux incertitudes géopolitiques, commerciales et budgétaires, avec notamment l’impact de la stratégie tarifaire de Donald Trump qui a provoqué des krachs temporaires et des tensions sur les actions, surtout technologiques, tandis que l’or a bondi de plus de 45 % comme valeur refuge
La concentration des anticipations autour de l’intelligence artificielle alimente ainsi des craintes de bulle, certains investisseurs n’excluant pas l’hypothèse d’un ajustement brutal.
Malgré des rendements modérés sur les fonds euros et les fragilités du marché, la hausse des taux souverains français (OAT 10 ans > 3,5 %) a renchéri le coût du financement pour les ménages et les entreprises. Par ailleurs, le contraste entre un taux OAT à 3,5 % et le rendement du Livret A, abaissé à 1,5 % en août 2025, illustre que l’État emprunte à un coût bien supérieur à ce qu’il offre aux épargnants.
Cette situation traduit un arbitrage clair :
- L’État préserve sa capacité d’emprunt,
- au prix d’un rendement plus faible pour l’épargne populaire,
- dans un contexte où le crédit est déjà tendu pour les ménages et les entreprises.
Des marchés financiers très sensibles aux annonces économique
Source : « Indices boursiers dans la zone euro et aux Etats-Unis », 4 juin 2025, BANQUE DE FRANCE
Lecture : Au cours de la période sous revue, les marchés sont restés globalement stables en zone euro (SNF : –1,4 %, banques : +3,3 %), tandis qu’aux États Unis ils ont progressé plus nettement, avec des hausses de +4,9 % pour les banques et +4,8 % pour les SNF.
Entre mars et début juin 2025, les marchés d’actions ont été fortement influencés par les annonces de politique budgétaire en Europe et par les décisions commerciales américaines :
Début mars : L’annonce de nouvelles dépenses budgétaires en Allemagne a stimulé les marchés européens entraînant une forte hausse des actions. L’annonce de droits de douane américains le 2 avril a provoqué des ventes massives sur les marchés mondiaux provoquant une forte volatilité sur les marchés.
CONCLUSION
En 2025, la France n’a pas connu de bouleversements intérieurs majeurs, en grande partie en raison d’une situation politique figée et fragmentée.
En revanche, le contexte international a profondément évolué, et le pays ne peut rester indéfiniment imperméable aux changements globaux.
Si 2025 peut être qualifiée d’année de transition, elle ne semble pas ouvrir la voie à un avenir plus prospère, mais plutôt à des risques accrus : crises financières, dysfonctionnements économiques et instabilité géopolitique.
Ces tensions se traduisent directement sur les marchés financiers, les taux d’intérêt et, par conséquent, sur le coût du financement des ménages.
En 2026, l’inflation persistante, la hausse des coûts de financement et les incertitudes géopolitiques continueront de peser sur l’économie française.
REFERENCES
- Les Échos : « 25 % d’écart de revenu avec les États-Unis : L’Europe est en grand péril »
- KyriWealth – Prime Access : « 2025 Market Recap : Tariffs, AI, and Economic Shifts »
- BPCE – L’Observatoire : « Défaillances d’entreprises en France : bilan à fin août 2025 et perspectives »
- Altares : « Défaillances d’entreprises en France – T3 2025 »
- eu : « Assemblée nationale : quelle est la répartition des sièges par parti politique ? »
- Les Échos : « Budget 2026 : des prévisions de croissance qui compliquent la tâche de Lecornu »
- Banque de France / BCE : « Bulletin économique de la BCE n°5 (2025) »
- Canaries in the Coal Mine : « Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence »
- Aide-Sociale.fr : « Chômage des jeunes : chiffres, causes et aides disponibles »
- Défaillances d’entreprises en France – 3ᵉ trimestre 2025
- Les Échos : « Mercosur : ce qu’il faut savoir sur l’accord historique de libre-échange avec l’UE »
- RTE : « Prix de marché de l’électricité en France et en Europe – Accès aux données »
- Stat Info : « Les défaillances d’entreprises »
- Les Échos : « Triste record en 2025 : jamais il n’y a eu autant de défaillances d’entreprises en France »